Asphalt Tango Records - the leading voice in Gypsy and Eastern Music

Dona Dumitru Siminica

sounds from a bygone age - vol. 3

Dona Dumitru Siminica Lorsque le chanteur Dona Dumitru Siminica interprétait des cantece de pahar (chansons à boire), cantece de jale (chansons de lamentations) ou des cantece de dragoste (chansons d'amour) dans la guinguette " La Chirigiu " de Bucarest ou dans le restaurant luxueux de l'Opéra, les clients occupaient les tables aussi vite que les verres se remplissaient de Tuica ou de vin et les caisses des patrons de billets de Lei. Dona Dumitru Siminica chantait le blues roumain des faubourgs, des chansons délicates et raffinées, entre tristesse et transe, des morceaux lents et sans fins comme " Cine are fata mare ". Des chansons qui réconfortaient les âmes seules, pansaient les blessures des malades d'amour tout en préparant les jeunes amoureux aux affres de la séparation. Avec sa voix dramatique de falsetiste, Dona Dumitru Siminica ne pouvait tout simplement pas chanter de mélodies joyeuses et dansantes. Dona Dumitru Siminica est né à Targoviste en 1926. Sa famille était originaire de ce fief de musiciens Lautaris proche de Bucarest et qui fut rattaché à la capitale pendant l'essor économique de l'entre-deux-guerres. Le père de Siminica travaillait sur des chantiers le jour et jouait du violon le soir dans les cafés des faubourgs de Herestrau et Floreasca. La famille Siminica vivait là dans la même cour que les frères Gore avec lesquels Dona Dumitru Siminica joua plus tard pour des fêtes de mariage. Le jeune roma hérita du talent et de l'instrument de son père, fit une formation de maçon et travailla longtemps en parallèle comme chef de chantier, chanteur et violoniste, jusqu'à ce qu'il s'établisse en 1962 comme musicien professionnel.

Siminica avait une voix de falsettiste déconcertante et androgyne, et beaucoup de ses fans féminins restaient accrochés aux lèvres de cet homme au costume sur mesure, à la coupe de cheveux parfaite et à la moustache finement coupée. Ses chansons étaient en dehors de leur époque, elles créaient un îlot de calme plein d'âme au milieu du vacarme des usines. Il faut dire que le répertoire de ces chansons lentes des faubourgs (muzica lautareasca) correspondait exactement au caractère introverti de ce musicien cultivé. Déjà vers la fin des années quarante, le public de Bucarest accourait en masse dans un restaurant du marché Amzei, plus pour la voix haute de Siminica que pour son jeu de violon : il ne chantait là en fait surtout des chansons d'amour aux mélismes richement ornementés, mélodies qui étaient déjà à la mode au XVIIIe et XIXe siècle dans les salons des bourgeois de Valachie. La musique urbaine roumaine s'est depuis toujours inspirée des cultures grecque et turque : il n'y avait à Bucarest pas que des Roumains mais aussi des Grecs d'Istanbul, des Turcs, Arméniens, Juifs, Aromates et des Romas. C'est seulement au XXe siècle que la bourgeoisie roumaine se tourna vers la culture de l'ouest de l'Europe, jusqu'à ce qu'après 1990 le courant se renverse radicalement en direction d'une pop orientale produite à bon marché.

C'est dans les années cinquante que Dona Dumitru Siminica fut appelé à enregistrer à la radio pour la première fois - il appartenait déjà à Bucarest au cercle intime des collaborateurs de l'Institut d'Etudes du Folklore pour sa connaissance du répertoire des Tarafs, orchestres urbains tziganes. Lorsqu'il chantait là, il y avait toujours des amis qui l'attendaient dans la cour de l'Institut pour aller boire avec lui les honoraires de sa session d'enregistrement dans le bar le plus proche. L'accordéoniste Famarita Lambru était également un invité régulier de l'Institut. Lambru, qui était l'accompagnateur préféré de la grande Maria Tanase, enregistra avec Dona Dumitru Siminica des classiques comme " Afara e intuneric " et " La salul cel negru ", qui sont réunis ici pour la première fois en dehors de la Roumanie sur ce disque nouvellement édité.

Dona Dumitru Siminica a réuni lors de ses meilleurs enregistrements une formation rêvée de musiciens Lautari, dont Marin Marangros (cymbale), les frères Bebe et Costica Serban (accordéon) et Grigore Ciuciuc (basse). Un jour, Siminica arriva dans les studios d'Electrecord accompagné uniquement de Costica Serban (photo), son accordéoniste préféré et d'un violoniste ; il alla chercher tout simplement le bassiste manquant dans le bar le plus proche, situé à côté du même marché couvert qui fut plus tard victime de la folie de destruction de Ceaucescu. Ce fut une sensation, redevable à une courte période de redoux de la politique culturelle qui permit - dans cette Roumanie des années soixante-dix - la sortie de quelques disques de musique urbaine avec des textes en langue roma. À cette époque, Dona Dumitru Siminica était le chanteur le plus en vue de la muzica lautareasca ; seul lui et un autre chanteur moins connu purent enregistrer quelques chansons en langue roma chez Electrecord. Dona Dumitru Siminica était respecté et adulé pareillement par les Roumains et les Tziganes parce qu'il connaissait le répertoire des deux communautés. D'autres chanteurs, comme Victor Gore ou Gabi Lunca, n'eurent pas le courage de chanter des textes en roma - d'ailleurs, ils ne parlaient plus cette langue. Siminica, par contre, a toujours su résister, discrètement, à la pression d'assimilation de plus en plus forte des années soixante-dix et quatre-vingt.

" Lelita Floare ", l'histoire d'un homme que sa femme a quitté mais qui ne peut vivre sans elle, ou bien " La salul cel negru " qui raconte celle d'un homme fou amoureux qui s'aperçoit que sa dulcinée en aime un autre, sont devenues les chansons de Siminica, ainsi qu'" Osoreia osbaro " en roma, dans laquelle un homme se plaint de sa mauvaise santé. Il a beaucoup d'enfants à nourrir et ne sait pas très bien comment s'en sortir. Pour cela, il envie en chanson la " puissante forêt, magnifique et saine". Jusqu'à présent, pratiquement aucun chanteur à Bucarest n'a osé interpréter ces chansons qui ont rendu Dona Dumitru Siminica célèbre à tel point que Bregovic reprend" Cine are fata mare " au début des années quatre-vingt-dix dans une de ses bandes-son.

Dona Dumitru Siminica fut retrouvé mort dans la cage d'escalier de son immeuble du quartier Grivita de Bucarest. Son cur avait tout simplement cessé de battre, au lendemain d'une fête de mariage. Sa mort ne fit aucun grand titre de la presse roumaine muselée et à l'étranger - jusqu'à aujourd'hui- il n'est connu que de rares amateurs. De plus, comme pour la plupart des grands musiciens tsiganes roumains de la scène Lautari en voie de disparition, il n'existe pas d'enregistrement visuel, aucune interview, aucun livre sur ces chanteurs exceptionnels qui évoluèrent dans un milieu relativement protégé, loin du folklore hautement stylisé et encouragé par l'État. Il n'y a donc aujourd'hui plus que ses chansons qui puissent nous raconter le phénomène Dona Dumitru Siminica ; chansons qui font revivre le son du vieux Bucarest avant qu'il ne disparaisse et tombe dans l'oubli.

Grit Friedrich

La Salul Cel Negru
Iubeam cu dulceata
O tanara fata
Cu parul balai
Cu ochi mari si negr
Si rumena fata
Si-un corp mladios
Intr-una din zile
Poftisem la masa
Cativa buni prieteni
Cu care vorbeam
Ma simteam prea bine
Ma simteam ferice
La nenorocire
Nici ca ma gandeam
Ma simteam prea bine
Cand stam langa ea
Fara sa-mi dau seama
Ca altul iubea

L'écharpe noire
J'aimais de tout mon coeur
Une jeune fille
Avec des cheveux blonds.
De grands yeux noirs
Avec un visage rose
Et un corps souple
Un Jour
J'invitais à manger
Quelques bons amis
Avec lesquels je parlais
J'allais trop bien
J'étais heureux
Mais pour mon grand malheur
Je ne me suis rendu compte de rien
J'étais trop bien
À côté d'elle
Je n'ai pas remarqué
Qu'elle aimait l'autre